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Attac45 nous a pris de court et l'a déjà réalisé, le voici : (vous retrouverez certains liens disponibles ci-dessous)
Un livre à déguster à la lueur d'une lampe à huile.
Ce n'est pas une provocation de ma part afin de vous inciter à la lecture, non. Attention, ce livre n’est ni un manuel de décroissance ni un éloge de l’ancien temps. Il traite seulement de la façon « de voir » les objets de notre quotidien, du comment un éclat permet de « les deviner », du rapport qu'il existe entre la matière d’un contenant et le contenu. Le livre, publié en 1933, a été écrit à l’époque de grandes transformations pour le Japon, par exemple celle du passage de l’éclairage au gaz vers le tout électrique, avec le gaspillage, déjà, qui allait avec :
M. Yamamoto avait accompagné naguère le professeur Einstein lors de son voyage à Kyôto ; le train traversait les environs d’Ishiyama quand le professeur, qui par la fenêtre regardait le paysage, lui dit : « Tiens ! On n’est guère économe par ici ! » Prié de s’expliquer, il lui désigna du doigt un poteau électrique qui portait une lampe allumée en plein jour. […] Il n’en semble pas moins vrai que par comparaison, sinon avec l’Amérique, mais avec l’Europe en tout cas, le Japon use de l’éclairage électrique sans compter.
Ce livre est une réflexion sur la société japonaise, une société dont l’auteur regrette l’occidentalisation rapide. Il prend pour exemple la maison qu’il est en train de se faire construire. Les pièces sont décrites, plus encore, ce sont les effets d’ombre et de lumière de telle ou telle matière ou couleur qui sont analysés en fonction de leur destination. Rien n’échappe à l’irruption de l’ampoule, même les toilettes japonaises, dont Tanizaki nous donne une description « chirurgicale ».
Sont également analysés des objets comme le papier blanc européen qui s’accorde au stylo et aux caractères latins de l’écriture, mais guère à la plume et aux idéogrammes. Le phonographe, la radio, outils mécaniques de reproduction du son sont aussi critiqués :
Dans l’art oratoire, nous évitons les éclats de voix, nous cultivons l’ellipse, et surtout nous attachons une importance extrême aux pauses ; or dans la reproduction mécanique du discours, la pause est totalement détruite.
Les conclusions qu’en tire Tanizaki sont que les japonais eussent suivi leur voie, ces objets, du plus simple au plus complexe, auraient été différents dans la forme ou l’aspect ; peut-être même n’eussent-ils pas existés.
Tanizaki a parfois des opinions personnelles qui sont celles de son temps, nous pouvons ne pas les partager, voire en condamner certaines, sur les femmes entre autre, mais l’ensemble reste un traité sur le dépouillement afin de laisser la place à l’absence, au vide, à l’obscurité.
Quelle peut-être l’origine d’une différence aussi radicale dans les goûts ? Tout bien pesé, c’est parce que nous autres, Orientaux, nous cherchons à nous accommoder des limites qui nous sont imposées que nous nous sommes de tout temps contentés de notre condition présente […] Les Occidentaux par contre, toujours à l’affût du progrès, s’agitent sans cesse à la poursuite d’un état meilleur que le présent. Toujours à la recherche d’une clarté plus vive, ils se sont évertués, passant de la bougie à la lampe à pétrole, du pétrole au bec de gaz, du gaz à l’éclairage électrique, à traquer le moindre recoin, l’ultime refuge de l’ombre.
Tanizaki Junichirô – Éloge de l'ombre
Traduit du japonais par René Sieffert
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