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  • : Association pour la Décroissance Conviviale
  • : L'ADC est une association née pendant l'été 2006 à Orléans. Elle a pour objet de promouvoir et diffuser l'idée de décroissance conviviale. Pour plus d'informations, allez sur la page "Qui sommes-nous ?". Si vous souhaitez être régulièrement tenu au courant de nos activités, envoyez-nous un mail à l'adresse inscrite en bas de la page
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Voici quelques liens vers des associations locales qui proposent des actions, des services, des informations... qui vont dans le bon sens.

Attac45 nous a pris de court et l'a déjà réalisé, le voici : (vous retrouverez certains liens disponibles ci-dessous)

L'annuweb d'Attac45

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Réflexion

" En 1970 quand j’étais petit garçon, nous n’avions pas de croissance de population pas de revenus du tout. Il n’y avait ni investissement ni service, mais nous étions heureux. Nous avions une alimentation de qualité et tout ce que nous désirions de la nature. Avec l’arrivée des projets de développement, les Dayaks ont été marginalisés et les richesses collectives ont été remplacées par les richesses individuelles. "
Stephane Djuweng, Anthropologue issue du peuple Dayak

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Colonisation

" Regardez mes frères, le printemps est venu, la terre a reçu les baisers du soleil et nous verrons bientôt les fruits de cet amour. Chaque graine est éveillée, et de même, tout animal est en vie. C’est à ce pouvoir mystérieux que nous devons nous aussi notre existence. C’est pourquoi nous concédons à nos voisins, même nos voisins animaux, autant de droit qu’à nous d’habiter cette terre. Cependant écoutez-moi mes frères, nous devons maintenant compter avec une autre race, petite et faible quand nos pères l’ont rencontrée pour la première fois, mais aujourd’hui, elle est devenue tyrannique. Fort étrangement, ils ont dans l’esprit la volonté de cultiver le sol, et l’amour de posséder est chez eux une maladie. Ce peuple a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour eux seuls et ils se barricadent contre leurs voisins. Ils défigurent la terre avec leurs constructions et leurs rebuts. Cette nation est comme le torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage. "

Sitting Bull, grand chef Sioux (1831 – 1890)
5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 13:00

Un premier lien vers l'article d'Actualitté : Facebook, c'est de la merde.

Le plus grand réseau social au monde serait donc « de la merde », à en croire l'auteur allemand Günter Grass, coutumier des prises de position particulièrement tranchées. Le prix Nobel de littérature de 1999, âgé de 85 ans, ne comprend pas que depuis les révélations concernant PRISM, les gens n'aient pas tous arrêté les réseaux sociaux. Manifestement, l'humain aime bien être sous surveillance.

 

Un petit billet « lecture » avant le printemps à venir qui nous obligera à sortir de nos coquilles pour jardiner, glaner, arranger, préparer, manifester... sortir de nos coquilles pour aller, ou pas, voter.
 

Le « manifeste pour une dotation inconditionnelle d'autonomie » est un petit livre qui présente les bases de ce concept qui risque de faire florès dans les prochains débats politiques. Le premier chapitre est un très bon résumé des idéaux de décroissance, les chapitres suivants font une critique de la société actuelle de consommation et présentent le projet de dotation comme un outil économique et social d’émancipation.

 

Le livre serait d'une lecture agréable s'il n'y avait pas les innombrables liens « pour plus de précision », assez frustrant dans un ouvrage papier, et s'il n'y avait pas des dites et redites, des passages assez « technocratiques » sans oublier quelques passages ésotériques ; pourquoi inventer un concept comme celui de « mégamachine » quand le mot « oligarchie » se trouve même dans un dictionnaire de poche : régime dans lequel la souveraineté appartient à une classe restreinte.

 

L'image vous portera d'un clic au site associé. Ouvrage collectif de Vincent Liegey, Stéphane Madelaine, Cristophe Ondet, Anne-Isabelle Veillot.

 

¤ Sur le thème de la dotation, suivez ce lien pour écouter ou ré-écouter un programme de France Culture.

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« L'écologie, un combat pour l'émancipation » de Corinne Morel Darleux. Le livre est un recueil de texte, de discours d'une militante du Parti de Gauche. Même s'ils n'étaient pas destinés à être publiés, ces textes sont très bien écrits et l’insertion de billets du jouèb de l'auteure sont autant d'illustrations de la vie d'une campagne. Ces textes abordent franchement les idées de décroissance sans jamais les découpler de la question sociale, ils sont autant d'outils de contestation que d'invention dans notre société dont la tête demeure aliénée au guidon croissantiste.

Le livre est paru en 2010, 4 ans après, beaucoup d'analyses restent pertinentes, cependant, certaines prises de position du « chef médiatique » les contredisent.

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Coté radio, 2 liens qui seront 3  pour écouter ou ré-écouter France Culture :

¤ OGM, gaz de schiste, pesticides... : sommes nous trop frileux ou pas assez prudents ?

¤ Tous les animaux naissent-ils égaux en droit ?

¤ Qui veut encore la peau de la société de consommation ?

 

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Coté presse écrite, le n°2 de la revue dessinée est sorti.

¤  « Gaz de schiste : opération lobbying » enquête de Sylvain Lapoix et Daniel Blancou,

¤  « Les plaies de Fukushima » un récit d'Emmanuel Lepage, (auteur d'une bédé sur Tchernobyl)

et encore au sommaire : la suite du reportage sur la ménagerie du jardin des plantes, l'histoire d'un VRP de l'armement, le billet « éco »...

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Coté presse écrite, il y a le journal « la Décroissance » dont l'auteur de ce billet en dira du bien après que les journalistes cesseront d'utiliser le subjonctif à tort et de travers.

Dans l’Âme des poètes, Charles Trénet a écrit : Longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues...

 

Le subjonctif est le temps du souhait, de l’hypothèse, « après que » est suivi d'un indicatif car « après l'action » il est trop tard pour avoir quelques velléités que ce soient, sauf à souffrir de troubles de positionnement dans l'espace et le temps.

Sans ignorer que le pilkunnussija de service est un francophone contraint.

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Toujours coté presse, il y a également « Article 11 », un canard sauvage de critiques sociales, avec des entretiens, des reportages. Même s'il répète parfois des lieux-communs, sur la langue basque par exemple qui « n'était qu'une langue orale », lla rubrique « le cri de la tomate » vaudrait, à elle seule, au journal d'être mentionné dans ce petit billet.

Voici joint l'extrait d'un entretien publié sur le site du journal :

Il fut un temps où Denis Robert, petit vigneron ardéchois, ne lésinait pas sur les produits chimiques pour traiter ses vignes. Ça lui semblait un passage obligé. Logique : on ne lui avait jamais dit ou enseigné qu’il était possible de faire autrement. Jusqu’au jour où il a soudain changé son fusil d’épaule, passant de l’arsenic au bio.

 

 

11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 13:23

Vous ne rêvez pas, nous vous offrons une "shopping list" pour Noël. La décroissance est une voie de garage, toulémediá le disent, autant virer notre cuti tant qu'il est encore temps, vive la conso, vive la lance et la relance, vive le terrorisme linguistique qui pare d'anglais le moindre acte de notre vie afin de distinguer les « in » des « has-been », pardon, ceux et celles qui dominent de ceux et celles qui sont là pour subir.

Plaisanteries mises à part, nous approchons de la grande fête de la consommation, libre à vous d'y participer ou pas, de préférer faire vos présents vous-même ou de privilégier les réderies, solderies ou autres systèmes d'échange ou de troc, de participer à l'élaboration des agapes en proposant un repas végétarien par exemple... Libres vous êtes et devez le rester pour l'année à venir.

Les idées livres, bien sûr, il y a ceux de notre bibliothèque, notre rubrique « lecture ». Il y a ceux que vous trouverez chez les éditeurs « alternatifs », attention cependant aux faux amis de la décroissance, aux marchands de bonheur automatique.

Une liste d'achat, non exhaustive, en forme de « voici-quelques-livres-pour-lesquels-je-n'ai-pas-pris-le-temps-d'écrire-un-billet-en-2013 ».

 

À offrir à un ou une cycliste :

« Le tao du vélo » Julien Leblay. L'auteur nous raconte ses voyages, nous promène dans ses face-à-faces avec les éléments, nous convie à partager ses rencontres lors de ses échappées cyclotouristiques. Très vite nous nous trouvons « avec lui » à faire corps avec sa monture, sans souci pour le temps qui passe, avec pour seule préoccupation d'être « dans » le paysage.

+ Ce livre est dans la même veine que ceux écrits par Sylvain Tesson.

 

« New-York, journal d'un cycle » Catherine Cusset. C'est l'opposé exact du livre de Leblay. La cycliste écrivaine est une petite bourgeoise blanche, dans un univers extrême urbain. Ici aussi nous sont contés quelques rencontres cyclistes, leurs déboires, les dangers qui les guettent et plus que tout, le désir d'enfant. Désir un peu trop présent que les quelques photos n'arrivent pas à estomper.

 

« Voici des ailes » Maurice Leblanc. En plus d'avoir fait le journaliste, Maurice Leblanc était cycliste. Il nous livre ici une petite critique sociale de ces urbains maniérés en société qui une fois montés sur la bicyclette vont se lâcher. Et c'est peu dire pour ces deux couples qui vont de Paris à St Malo ou peut-être Ploernel. La langue est celle du XIX, très-très bien écrit, c'est une lecture fort agréable qui donne envie.

+ Il y a aussi, chez le même éditeur, « les bienfaits de la vélocipédie », présenté ici.

 

Vos ami-e-s croient que vous voulez retourner vivre dans les grottes, même si l'humanité ne s'y est probablement jamais qu'abriée, donnez leur raison avec ce livre :

« Rencontres hors du temps » Éric Valli. Dans le pays de l’hyper-consommation, certains et certaines font un grand écart de côté pour se retrouver libres du mobile, de l'ordinateur, de la banque, du travail, libres dans la nature, une cabane, libres et en paix avec eux-même.

C'est un livre de photographies avec des avant-après assez surprenants, un témoignage sur la vie de ces « off the grid », ces hors-systèmes, mais également le compte-rendu de l'auteur qui a vécu avec eux et elles.

Lecture rafraîchissante qui ne manquera pas d'éveiller les critiques par le côté jusqu'au-boutiste des positions défendues. Ne pas oublier également que de nombreuses personnes vivent quasiment de cette manière dans les campagnes européennes.

 

Paris Inter vient de fêter ses 50 ans, bon anniversaire. Vous avez dans ce lien un billet qui cause radio. Depuis septembre 2010, il y a la cultissime émission « Sur les épaules de Darwin ». Émission de voyage à travers l'univers et son exploration, voyage scientifique mais aussi culturel.

Aujourd'hui, ce sont des livres qui prennent le relais en quelques épisodes.

À la radio, la voix hypnotique de Jean Claude Ameisen nous transporte à travers des textes magnifiques sur des sujets variés comme les théories de la lumières, la musique ou encore la danse des abeilles, certain-e-s fuient cet état « d'écoute flottante ». Dans ces textes, par leur construction, nous retrouvons cette impressions de flottement, un peu comme si Ameisen se trouvait sur notre épaule, mais non pas pour nous crier dessus, mais plutôt pour nous interpeller, nous questionner et mettre en évidence une solution, comme si nous venions de la faire exister.

 

La liste aurait pu être plus politique avec la nouvelle collection de Serge Latouche, avec Vincent Liegey et « le manifeste pour une dotation inconditionnelle d'autonomie », la liste aurait pu être plus écologique avec des propositions sur les choix alimentaires, les conditions de productions de notre nourriture, la liste aurait pu être plus militante avec des ouvrages sur l'organisation de la société, ou l'analyse de celle-ci.

La liste aurait pu... mais l'auteur de ce billet n'est pas critique professionnel, seulement un lecteur du dimanche sur les bords de Loire. Il va de soi que mes propositions de lectures sont à prendre pour ce qu'elles sont, une invitation à aller chez votre libraire, petit ou grand, préférez le indépendant car à Orléans nous voyons bien ce qu'il se passe quand les intérêts des actionnaires priment sur toutes considérations. Demandez-lui conseil, le ou la libraire est là pour cela.

24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 10:16

Un pays vient de mourir, parmi tant d'autres : le mien. On peut l'appeler Béarn, Pays basque ou Landes, il n'est plus rien d'autre qu'un casier administratif : le Sud-Ouest, où l'on range les hommes et les choses comme partout ailleurs. Mais comme ma patrie vient de périr et que nul ne s'en soucie, son cadavre reste là sous le soleil ; il tourne à la charogne et il pue. C'est le progrès, qui n'est jusqu'ici que décomposition : chaos de pavillons, d'immeubles, de ferrailles et de détritus. Et à travers l'informe et l'innommable, la banlieue – parfois la Zone –, s'écoule la diarrhée d'asphalte que répand la bagnole avant d'aller crever contre un poteau ou dans un pré. Les fermes abandonnées s'écaillent ou s'écroulent, quand elles ne se fardent pas pour plaire à un bourgeois...

 

Voici un extrait de la préface du livre de Charbonneau « Tristes campagnes », un livre écrit en français, publié en 1973, publié de nouveau par les éditions « le pas de côté ». Un livre dont la réalité décrite et prospective est, malheureusement, d'une criante actualité.

Le livre s'articule autour de 3 grandes parties, « Ce qui fut », « Ce qui est » et « Ce qui sera ».

La première partie est une analyse comparative entre les sociétés des pays Béarnais et Basque, analyse sociologique assez agréable mais peut-être un peu surannée aujourd'hui, d'autant plus que le lyrisme de quelques formules fait difficilement oublier l'absence cruelle de l'humain et sa culture, dans ce paysage.

La seconde partie est une attaque en règle contre la charge des bulldozers de l'industrialisation, industrialisation au nom du bonheur et du progrès pour tous et toutes, avec les même modalités que les projets d'exploitation de gaz de schiste ou de Notre-Dame-des-Landes, 40 ans après.

La troisième et dernière parlait d'un futur probable pour les année 2000 ou 2020, autant dire que nous sommes au coeur de ses chroniques « futuristiques ». Charbonneau vit loin, très loin et juste, de trop même. Il parlait sur un ton humoristique de plusieurs hypothèses pour notre futur ; notre présent est désenchanté : industrie du tourisme partout, décharges et monocultures aussi.

C'est un livre à lire de toute urgence.

 

- Le site de l'éditeur (→ fr), duquel est tirée l'image d'illustration.

- Les lecteurs et lectrices occitanophones trouveront une traduction de cet article, ici (→ lm), traduction augmentée de considérations sur l'absence de la langue gasconne dans le livre sauf à travers les grilles du « francitan ».

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Propagande : Dans la bibliothèque de l'association, est disponible « La revue dessinée n°1 »(→ fr). C'est un de ces hybrides mi revue-mi livre, ici dans une robe graphique. Au sommaire, un reportage assez tiède sus un zoo, un article sus « le prix de la terre » et surtout une histoire des « pionniers du gaz de schiste », cette dernière fait penser au travail de Squarzoni. La lecture de cette revue n'est pas des plus désagréables.

3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 10:57

 

 

 

L'association pour la décroissance conviviale avait invité les éditions « le pas de côté » au Chiendent afin de se présenter, présenter leur travail et les ouvrages édités.

 

 

 

Je ne vais pas ici retranscrire l'entièreté des échanges, du métier d'éditeur aux problèmes rencontrés par les librairies prises en tenaille entre chaînes commerciales et liseuses à encre électronique. Nous avons aussi parlé d'ouvrages qui ouvrent des portes dans la réflexion autour de la décroissance et de la simplicité volontaire, par exemple :

 

 

Émile Verhaeren : « les Campagnes hallucinées » (1893) & « les Villes tentaculaires » (1895) :

 

[…] Et maintenant, où s'étageaient les maisons claires

Et les vergers et les arbres parsemés d'or,

On aperçoit, à l'infini, du sud au nord,

La noire immensité des usines rectangulaires.

Telle une bête énorme et taciturne

Qui bourdonne derrière un mur,

Le ronflement s'entend, rythmique et dur,

Des chaudières et des meules nocturnes ;

Le sol vibre, comme s'il fermentait,

Le travail bout comme un forfait,

L'égout charrie une fange velue

Vers la rivières qu'il pollue ;

Un supplice d'arbres écorchés vifs

Se tord, bras convulsifs,

En façade, sur le bois proche ;

L'ortie épuise au cœur les sablons et les oches1,

Et des fumiers, toujours plus hauts, de résidus

- Ciments huileux, plâtras pourris, moellons fendus -

Au long de vieux fossés et de berges obscures

Lèvent, le soir, des monuments de pourriture. […]

 

Disponible à la NRF-Gallimard.

La poésie de Victor Gelu « Poèta dau pòple marselhès – Cançons provençalas » (~1856) :

 

[…] Pour dévoyer notre pays,

Non contents de dilapider le fric,

Nous ont fait venir de Paris

Une lumière qu'ils appellent le Gaz...

Mais si tu savais ce que c'est que le Gaz !

Bougre de Gaz,

Putain de Gaz !

[…] J'ai pour client un Monsieur

Qui paie bien, mais qui n'est pas tendre ;

Il m'achète beaucoup de gros appâts

Et tout le poisson que je peux prendre

Le mercredi ou le vendredi.

Avant-hier d'énormes crabes

J'avais rempli ma corbeille ;

Je la porte aussitôt à mon client ;

Il en ouvre un, il le goûte,

Et soudain il me dit : assez !

Tu veux m'empoisonner, bordel !

Tu as appâté avec du goudron, j'parie !

Au large ! Et ne viens plus, bourreau !...

Voilà ce que m'a fait le Gaz !

Oh ! Pisse de femme de Gaz !

Bougre de Gaz !

Putain de Gaz ! […]

 

Édition bilingue accompagnée d'un cédé où sept artistes de la scène marseillaise interprètent une chanson de Gelu. À commander auprès de : Ostau dau País Marselhés – 5, carriera dei Tres Magis – 13001 Marselha –  04 91 42 41 14

 

Nous avons également parlé du Jan Dau Melhau2 « Letra au darrier pacan dau Lemosin si non es desja mòrt » (2005) :

 

[…] L'outil, en ces temps bénis de simple bon sens, on n'aurait pas eu besoin de le définir. Mais aujourd'hui !... L'outil ça n'est, ça ne peut être que la main allongée, prolongée, améliorée, ménagée, jamais dépassé, toujours maîtresse. De l'outil j'en ai la maîtrise : je l'ai conçu, je l'ai fabriqué, je l'utilise, je peux le réparer. Si de ces quatre l'un m'échappe (je veux dire échappe à la communauté du village, du bourg […]), si je dois aller au diable Vauvert prier le réparateur, ce n'est plus un outil, on est passé dans autre chose, vous trouverez, vous me ferez le plaisir de trouver un autre mot. Pas d'outil informatique ! […]

 

Édition bilingue. Les auteurs édités par Melhau, tant Delpastre ou Grenier que Chadeuil, sont rarement présent-e-s chez les libraires, et quand ils le sont c'est souvent au registre de « littérature du terroir » ou « régionalisme ». Commandez les directement chez l'éditeur : Edicions dau chamin de Sent Jaume – Roier – 87380 Meusac –  05 55 09 96 61
 

 

Avant de parler, un peu, des livres édités par nos invités, dans les lectures estivales, il ne faudrait pas oublier un livre collectif pour lequel nous avons rencontré, Irène Pereira, l'une des contributrices de « L’anti-productivisme, un défi pour la gauche ? » (2013) . Le livre ouvre différents champs de réflexions pour la gauche de la gauche, c'est à dire globalement tout ce qui se trouve, et c'est facile de l'être, à la gauche du Parti Sociétaliste. Au travers d'un texte de Paul Ariès, la décroissance y prend sa juste part.

 

Nous avons également évoqué d'autres auteur-e-s, mais encore une fois ce billet ne vise pas l’exhaustivité des échanges.

 

Quant au « Pas de côté », il édite l'excellentissime « La valeur de la simplicité volontaire » de Richard B. Gregg3. L'auteur (1885-1974) est un disciple de Gandhi. Ce petit livre donne des réponses simples, aisée à comprendre, aux 10 questions qui nous sont les plus fréquemment posées lorsque nous tenons un stand. Le texte de 1936 parle déjà de l'intrusion de la technologie dans la vie privée, celle qui est présentée comme sauveuse de l'humanité ou encore comme libératrice d'un temps... après lequel, l'époque courrait déjà :

 

[…] Lorsque j'installe un téléphone chez moi, je crois qu'il m'épargnera le temps et l'énergie d'aller tous les jours au marché, et de me déplacer pour le moindre renseignement ou la moindre commission chez ceux avec qui je fais affaire. C'est vrai que je l'utilise vraiment pour ces motifs, mais j'élargis aussi immédiatement le cercle de mes contacts fréquents, et le temps de loisir anticipé est rapidement comblé par les appels que je reçois, ou par les rendez-vous que j'ai pris en utilisant mon téléphone. […]

 

Sont également édités trois ouvrages de Léon Tolstoï, « Aux travailleurs »4, « Que faire ? » et « L'esclavage moderne ». Ce dernier, un texte de 1900, comme les autres, doit être remis dans son contexte linguistique et national pour éviter quelques confusions. L'auteur analyse les rapports des peuples avec leurs gouvernements et les différents habits que prennent, ou se proposent de prendre, les gouvernants. Il propose certaines formes d'organisations humaines de types « socialistes ».

 

[…] On dit qu'avec les gouvernements disparaîtrons les grandes œuvres sociales, les établissements d'instruction et d'éducation qui sont d'utilité publique.

Mais quelles raisons a-t-on de faire une pareille supposition ? Pourquoi penser que, sans gouvernement, les hommes, travaillant dans leur propre intérêt, ne sauront pas organiser la société aussi convenablement que le font, pour le bien d'autrui, nos dirigeants aujourd'hui. […]

(tirée de « L'esclavage moderne »)

 

Pour achever ce billet, le dernier livre présenté est une anthologie sur « Les bienfaits de la vélocipédie ». Une compilation d'articles de presse, de billet, de courriers aux journaux publiés dans la dernière moitié du XIX me siècle. Écrits par les spécialistes d'alors, par des médecins, par des vélocipedistes ou des vélocewomen, ou encore des piétons furibards contre les vélocipédards, ces articles sont regroupés par grandes catégories. Aujourd'hui ils apparaissent pour certains complètement rétrogrades, pour d'autres, ils sont une invitation à un peu d'humilité lorsque nous, militant-e-s, faisons passer le test de Dracula à « une nouveauté » :

 

[…] Et je frémis en songeant au lamentable et ridicule hiatus que ce phénomène inouï prépare à l'histoire de la pensée humaine. Je vois la production intellectuelle arrêtée par lui pendant des années, un siècle peut-être, baptisé par la postérité le siècle du Cyclisme, et pour toute cette période remplie par l'évolution de la seule bicyclette, le Larousse de l'avenir réduit à remplacer la liste de nos gloires nationales par des mentions dans le goût de celles-ci :

- Théophile Hugo, né en 1902 (ce siècle avait deux ans), célèbre cycliste français ; battit en 1920, par 7 secondes 1/8, le record des mille kilomètres, jusqu'alors détenu par un Allemand, le comte Wilhelm de Bismarck, etc.

- Anselm Pasteur, né en 1906, célèbre vélocipédiste français, dit le roi du Pneu, connu par ses géniales recherches sur le microbe du caoutchouc, etc.

- Anatole-Félix Faure, né en 1904, illustre cycliste français, président de la république internationale des cycles, etc. […]

 

Il y aurait d'autres passages « intéressants avec le recul » du livre à citer, passages où l'on apprend que les cyclistes pour se défendre en cas d'agression devraient pouvoir « être en droit de faire usage du pistolet », ou encore que face à un chien agressif, il faut mettre un coup de manivelle au maître.

Ce livre est dans son ensemble fort divertissent et instructif. Au fil des pages, nous découvrons également que le vélo fut un instrument d'émancipation pour les femmes, en ceci qu'il faisait quitter le corset et qu'il obligeait le port du pantalon, sans oublier qu'elles gagnaient pour certaines en indépendance.

 

À commander chez tout bon libraire ou directement chez l'éditeur : Le Pas de côté – 27, rue Riparia – 18100 Vierzon –  02 36 55 51 51. Site internet de l'éditeur
 

Bonnes lectures, bon été.

 

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1) Oche : terre labourable clôturée de haies ou de fossés.
2) Le « du » n'est pas une faute, seulement un régionalisme.
3) Traduit de l'anglais par Pierre Thiesset & Quentin Thomasset.
4) NDR : Les travailleuses, elles, en plus d'être à l'usine, étaient priées d'être debout dans la cuisine, cela n'a guère évolué.

 

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Se troba lu bilhet prumier aquí ne'n lemosin ;-)

14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 12:25

TINA est l’acronyme de « There is no alternative » formule chère à la défunte Margareth Thatcher pour justifier sa politique menée contre l’État providence et contre le droit du travail.

« There is no alternative »... Bénédicte Manier dans son livre nous en propose pourtant… un million.

Bénédicte Manier est journaliste. Elle dresse un panorama planétaire des alternatives à la concurrence mondialisée et à son refrain sur la « baisse-necéssaire-du-coût-du-travail-pour-sortir-de-la-crise-et-retrouver-la-croissance ».

La journaliste a enquêté sur un grand nombre « d’initiatives citoyennes » qui ont permis d'améliorer la vie. Le livre les regroupe au travers différentes thématiques : l’eau et sa gestion, le mouvement coopératif, la relocalisation de l’économie et son échelle, l’argent, l’agriculture…

On apprend ainsi que l’eau coule à nouveau au Rajasthan, que le mouvement coopératif emploie plus de 100 millions de personnes sur la planète, bien plus que les multinationales, que les citoyens européens sont capables d’investir leur épargne dans les projets locaux qui ont du sens. On apprend aussi que l’autonomie énergétique n’est pas un leurre, que Détroit connaît l’une des plus grande chute de population des USA après la Nouvelle Orléans victime de Katrina.

L’auteure parle d’expériences concrètes, viables sur le long terme, pas de théories tirées d’un rapport d’analyse. Certaines de ces expériences n’ont rien demandé de plus que le fameux « pas de côté », d’autres un non moins fameux « coup d’œil dans le rétro » pour s’apercevoir que la course en avant casse plus qu’elle ne construit. Grâce à ce livre, on découvre que beaucoup de projets se sont développés de manière discrète, d’où son importance pour le grand nombre de références et le nombre encore plus impressionnant de liens, heureusement c'est d'un livre papier dont je vous parle. Donner de la visibilité à ces projets, ces initiatives, fait de ce livre un pavé contre la résignation face à la crise.

S’il y a deux reproches à faire, c’est d’être trop généraliste, au risque parfois de se contredire légèrement, et de ne voir que le bonheur dans la présentation des résultats, le cheminement n’a certainement pas été toujours tout rose.

Sur ce point, le titre annonce clairement la couleur : « un million de révolutions tranquilles »

 

JPierre

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Je profite de ce billet pour parler d’un long métrage d’animation : Steamboy d'Otomo Katsuhiro (Japon, 2004, 110 mn.)

Ray est un jeune inventeur dans une Angleterre victorienne un peu baroque. Il découvre le double visage de la science qui peut être utilisée comme machine de guerre au bénéfice du capitalisme ou comme un moyen d’améliorer le quotidien.

Il n’est pas difficile de faire une translation entre le cortège d’inventions autour de la vapeur présenté dans le film et les savants fous du nucléaire, des nanotechnologies, des manipulations génétiques réunis.

5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 10:54

Jean-Pierre l'avait lu l'été dernier, je viens de refermer Saison brune, un ouvrage de Philippe Squarzoni.

 

Voici le 4ème de couverture : 

« Une société vraiment libre, une société autonome, doit savoir s'autolimiter, savoir qu'il y a des choses qu'on ne peut pas faire ou qu'il ne faut même pas essayer de faire ou qu'il ne faut pas désirer »

 

Cette citation est signée Cornélius Castoriadis, penseur souvent repris par les théoriciens de la Décroissance.

 

adc-lecture-saison_brune-philippe_squarzoni.png

 

 

Vous avez peut-être vu Une vérité qui dérange (Al Gore), La Onzième heure - le dernier virage (Di Caprio), Home (Yann-Arthus Bertrand), Le syndrome du Titanic (Nicolas Hulot)... Il y en a beaucoup maintenant de ces films pédagogiques voulant nous sensibiliser à la situation. Les images défilent, elles sont belles, esthétiques, parfois violentes, douloureuses, insoutenables, mais elles passent, très vite, trop vite. Immédiatement substituées par les multitudes d'autres images qui clignotent devant nos yeux quotidiennement, films, documentaires, publicités, reportages, émissions, jeux, actualités... Que reste-t-il des images sensibilisatrices si vite remplacées ? Une vague impression, un sentiment d'urgence pour les plus attentifs... La société de l'information serait aussi celle de l'oubli ? Un problème est immédiatement recouvert par un autre sans pour autant avoir été résolu, loin de là. Pourtant le problème, même si on n'y pense plus est toujours là, voire souvent s'amplifie.


Alors il nous faut des piqûres de rappel. Si possible sous une autre forme. Par exemple des images certes, mais statiques, de papier, lentes...

 

Là, la piqûre est sous forme de bande dessinée. Mais ce n'est pas une piqûre, c'est une lance qui transperce.

 

Philippe Squarzoni fait une synthèse de multiples ouvrages lus et de rencontres de scientifiques. Petit à petit, il s'est construit sa compréhension de l'ampleur de la situation et nous la livre d'une manière extrèmement claire, comme si nous la découvrions en même temps que lui.

Il partage ses doutes, sur la manière de réagir face à ces faits que plus personne aujourd'hui ne devrait ignorer. Que faire ? Changer ? Oui. Mais si je suis le seul à changer, mon action n'aura aucun impact, si elle n'est pas imitée par tous. Et encore... Pourquoi donc devrais-je me sacrifier quand tant de gens vivent comme si le monde était infini.

Ne pas prendre une place dans cet avion ne l'empêchera pas de décoller...

 

Pourtant, les faits sont là, non discutables, il les décrit et les explique, montre leurs interactions :

- le rapport du GIEC et le changement climatique de ses origines avec les gaz à effets de serre anthropiques, combinés aux effets de rétroactions (l'emballement du dérèglement), à ses conséquences dramatiques qui ont débuté et qui vont s'aggraver : réchauffement moyen global jusqu'à un seuil les équilibres seraient rompus, avec les dérèglements afférents (canicules, sécheresses, innondations, tempêtes... selon les régions du monde), la hausse du niveau des océans, les réfugiés climatiques, les risques sanitaires, perte de la biodiversité ;

- les empreintes écologiques des pays et les fortes inégalités ;

- les consommations d'énergies toujours croissantes avec la prédominance des énergies fossiles, leurs limites et leur impossible substitution, le difficile essor des énergies renouvelables, ces dernières ayant elles aussi des inconvénients ;

- les inerties de nos modes de vie : consommations, désirs infinis jamais satisfaits ;

- les politiques menées incapables de proposer des solutions tellement prises par des logiques de croissance économiques, si tant est qu'elles se sentent concernée par le problème "le mode vie américain n'est pas négociable"... Donc la remise en cause du Capitalisme.

 

Je ne les cite pas tous et en vrac, la présentation est au contraire, logique, très pédagogique, quasi exhaustive. Je suis ressorti de la lecture avec les idées claires sur les constats, mais à l'instar de l'auteur, avec également des idées grises tellement la situation est alarmante, pour ne pas dire grave.

 

« Il est déjà trop tard pour faire marche arrière. Une autre histoire va commencer ».

 

Dans les films cités plus haut, les auteurs terminent souvent par une ébauche de solution, technique ou politique, histoire de terminer sur une note positive. Mais cette note positive peut aussi faire penser que l'humanité dans son intelligence trouvera la solution magique.

Ici l'auteur présente la seule solution qu'il estime plausible : un changement de mode de vie, de société, associé avec un scénario de descente énergétique sur le modèle du scénario Négawatt. Mais il reste pessimiste sur les chances de réussite de mettre en oeuvre cette solution, parce que l'inertie est énorme, le train lancé à pleine vitesse et le cap est toujours "droit dans le mur"... (comme l'a dit François Hollande pour les voeux 2013 : "le cap est fixé : tout pour l'emploi, la compétitivité et la croissance. Ce cap sera tenu contre vents et marées. Je n'en dévierai pas." )

 

Du coup, on peut ressortir avec un coup de blues, mais également plus fort d'une meilleure compréhension de la situation globale avec un outil pédagogique efficace à faire découvrir et à transmettre, et au final une énorme envie de changer tout ça même si l'on sait que ce ne sera pas facile !!! Au boulot.

 

C'est une oeuvre pédagogique, d'un auteur sensible. Une lecture indispensable à mon avis :-) Du coup, je l'ai ajouté aux incontournables.

(l'ouvrage est disponible dans notre médiathèque mutualisée lors de nos réunions)

7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 09:53

 

Jusqu'ici, en parlant d'échange, j'ai eu soin de n'employer que le mot « avantage ». Mais ce terme comprend deux idées : l'avantage d'obtenir ce dont nous avons besoin, et celui d'obtenir ce que nous souhaitons. Les trois quarts de la demande mondiale sont romantiques, fondées sur des visions, des idéalismes, des espérances et des affections ; et la régulation du porte-monnaie est, par essence, la régulation de l'imagination et du cœur.

 

Suit ce passage une forme d'équation pour calculer le prix d'un objet en fonction de 4 variables, le désir de l'acheter, le désir pour le vendeur de ne pas le vendre, la quantité de travail fournie par l'acheteur pour l'obtenir et la somme de travail que le vendeur peut fournir pour le conserver.

Ce passage, de même que celui qui clôt ce billet, est tiré de « Il n'y a de richesse que la vie », un livre de John Ruskin, écrit en 1862.

Le journal « La Décroissance » présente l'auteur comme un « des pères de la décroissance », ou pour être plus juste, un des pères de la soutenabilité.

De ses réflexions, ou plutôt questionnements sur les fondements de l'économie comme « science », l'auteur met en balance la nature du travail, les moyens de production et l'objet de la production, ou encore l'échange, le prix et la consommation.

Certains passages sont « datés » et fortement teintés de moralisme. Cependant, alors que l'auteur a été invité à cesser la critique* de la toute puissante machine économique de l'Angleterre victorienne, la dernière partie donne des définitions de ce que sont la richesse, la valeur, le capital, avec le filtre de cette même morale. Ce filtre colle des images simples sur ce qui est souvent présenté d'une manière complexe.

 

Capital signifie « tête, source ou racine matérielle » ; c'est un élément à partir duquel un bien dérivé ou secondaire est produit. Il n'est donc capital à proprement parler (caput vivum (capital vivant, celui qui fructifie, qui sert la production) et non caput mortuum (capital « mort », inerte et stérile)) que s'il produit une chose différente de lui-même. C'est une racine, qui ne remplit ses fonctions vitales qu'en produisant autre choses qu'une racine ; c'est-à-dire un fruit. Ce fruit produira à son tour des racines, et ainsi tout capital vivant aboutit à la production du capital. Mais le capital qui ne produit rien que du capital n'est qu'une racine produisant des racines, un bulbe engendrant un bulbe et jamais une tulipe, du grain générant du grain et jamais du pain. L'Économie Politique européenne s'est jusqu'à présent totalement vouée à la multiplication des bulbes, ou (ce qui est encore moins) à leur agrégation. Elle n'a jamais vu ni conçu l'existence d'une tulipe. [...]

 

*toute ressemblance avec des faits existants, présentement, n'est que fortuite.

  • Édition « Le pas de coté » 27, rue Riparia – 18100 Vierzon.
  • Présentation du livre sur leur site ouèb.
  • Ce billet connait une version limousine ici.
19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 10:29

Un livre sous titré « petites digressions d'ethnographie vicinale ».

 

Beaucoup, parmi les anciennes générations, auraient été capables d'écrire un tel livre, beaucoup, ici en Sologne, en Beauce ou encore du Gâtinais, certes, mais c'est une ouverture sur la culture du Limousin à laquelle nous convie l'auteur.

 

Chabatz d'intrar, franchissez la porte, finissez d'entrer, mais attention, si l'on parle du « temps d'avant », c'est pour l'analyser, pas pour le regretter.

Chadeuil parle avec beaucoup de sympathie, d'humour des personnages de son enfance, d'un passé mort mais dont il reste des traces encore vivantes.

Il analyse les rapports entretenus par les personnes entre elles, entre les personnes et leur environnement, ou encore les personnes et les animaux. Ainsi le témoignage du comment se fît le passage d'une agriculture humaine, autarcique, héritée du Paléolithique nous dirait Jan dau Melhau°, à une façon de gagner de l'argent :

 

[…] Ce fut un deuil comparable à celui que l'on éprouva quand il devint illégal de troquer son blé contre du pain. C'était toute une vie qui changeait. Il fallait de l'argent pour aller chez le boulanger. On avait toujours gagné, comme on disait, son pain à la sueur de son front. Maintenant, il fallait investir sa sueur ailleurs : pour gagner de l'argent. Gagner de l'argent pour acheter son pain, alors que l'on est paysan et que l'on venir son blé ! […]

 

Après l'analyse des différences entre les tables bourgeoises et paysannes, il analyse les différences de mets. Comment le confit passa d'un plat de pauvre, du pèlerin, à un plat de fête et de niche commerciale avec la création ex-nihilo d'une pseudo fête pour vendre.

Dans le registre des animaux, Chadeuil explique bien que les citadins mangent de la chair, de la viande quand les paysans mangeaient un animal, les bourgeois sont carnivores, les paysans étaient zoophages. Dans ce même registre, il nous explicite le mot repunhança.

 

[…] J'écris le mot en occitan même si la différence orthographique infime ne semble pas le justifier. C'est que le concept de « répugnance » est totalement différent selon la langue (occitan / français) et la table (paysanne / bourgeoise). Consultons un dictionnaire français. « Répugnant » signifie « dégoûtant, écœurant, repoussant » voire « ignoble, abject ».[...] « Répugnant » dans notre parler […] signifie : trop bon pour être consommé en grande quantité, trop riche aussi et donc probablement un peu trop lourd à digérer. Le seul point commun entre la répugnance bourgeoise et la répugnance paysanne, c'est donc que les deux coupent l'appétit ! [...]

 

Ailleurs dans le livre, Chadeuil parle du genre des poires, ce n'est pas de l'humour mal placé. Les poires sont des « éléments féminins » en français, mais en limousin, les poires, suivant l'espèce, sont filles ou garçons. Cet éloge de la diversité se retrouve dans la semence de haricot :

 

[…] Et puis on vit la monoculture prendre la place de la polyculture de subsistance. Le cultivateur devenait agriculteur. On ne cultivait plus pour se nourrir, mais pour gagner de l'argent. (« Mas quo es pas Diu possible, minjan nonmàs quò ? S'étonnait Henri devant quelques hectares de maïs. Est-il possible qu'ils ne se nourrissent que de ça ?). [...] Il cultivait quantité de haricots de toutes les couleurs et était très fier de montrer son « semencier », une boîte à compartiments qu'il avait confectionnée pour cet usage et où il rangeait les grains qu'il destinait aux semis de l'année suivante. « Si voliá 'nar vers onte bufa lo vent, si je voulais aller dans le sens du vent, disait-il un jour à Hardy, je ne sèmerais plus que cette variété toute blanche, la plus productive. Et toutes les autres se perdraient. […]

 

En sus de la connaissance des plantes sauvages, il y a ce petit passage sur les glanes :

 

[…] Quant aux glanes sauvages, si elles sont bien limitées en nombre, elles sont aussi devenues plus efficaces et plus rentables. Aujourd'hui, le chasseur abat et le cueilleur ratisse. Après eux, le déluge. Sans arche de Noé. Comment peut-on acquérir aujourd'hui l'instinct de la borra°° et du mycélium ? [...]

 

Mais, quel est le lien entre la décroissance et la culture limousine décrite dans ce livre ?

Bien souvent, nous, les décroisseurs, les décroissantes, allons chercher dans de lointaines galaxies, pardon, dans d'autres cultures de quoi combattre nos névroses°°° et trouver un semblant d'équilibre, ce, après avoir méprisé, bien souvent, parfois, les cultures dites « vernaculaires » qui ont été l'échafaudage de cultures populaires fortes. Ces cultures locales, sous le vocable de « traditions » ne sont pas défendables par bien des aspects, mais cela dépend grandement de l'intention que nous leur prêtons et du regard que nous portons sur elles, comme sur les traditions importées d'endroits complètement différent de l'endroit où l'on se trouve.

 

Le regard de l'ethnographe est celui qui prend le temps de consigner les choses, libre à nous de les analyser et d'en tirer le meilleur.

 

« Quo es en anar tot-suau qu'òm rencontra lo mai de monde, c'est en marchant lentement que l'on fait le plus de rencontres. » Proverbe limousin, mais aussi mauricien et bambara.

 

JP

 

° Jan dau Melhau est un auteur limousin, éditeur de Michel Chadeuil. Il dirige la maison d'édition « lo chamin de Sent Jaume ». À lire « Lettre au dernier paysan du Limousin s'il n'est déjà mort » :

[…] Quoi qu'il en soit, le lendemain de ce jour-là [la dernière fois que les vaches furent déliées] fut celui du tracteur, d'ici peu de l'exploitant agricole, que sais-je ? Qui allait semer de la graine d'entrepreneur-gestionnaire de la terre.[...]

[…] En même temps que la machine, la même, LA MACHINE va prendre la place de l'outil, le lui faire voler des mains. De ce jour son malheur est en marche, à marche forcée, et de force d'ailleurs l'homme va s'en sentir à soulever l'univers. L'HOMME. Mais les hommes ? Les machines vont broyer les gens dans des fabriques ayant pris la place de l'ouvroir et son génie, le compagnon mis en pièces en ouvrier, concentration, massification auront tôt fait de devenir maîtres mots, les deux siècles à venir, fussent-ils habillés du joli mot de progrès qui, de toute façon, prêt-à-porter, habille tout, seront les plus terribles que l'humanité ait jamais vécus […].

°° la borra est une touffe de poils laissée par un animal. Sa « lecture » permet au chasseur éventuel de connaître l'état de l'animal. (NDR : j'explique ici un terme non traduit dans le livre, je ne défend pas la chasse).

°°° sans connotations péjoratives.

 

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Présentation du livre par l'IEO du Limousin

15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 07:49

Le sous-titre de ce livre - aventures potagères – est mensonger. C'est une honte de tromper ainsi les lecteurs, les lectrices potentielles qui penseraient acheter un énième livre de jardinage.

http://www.autrement.com/img//couv/2-7467-0319-X.jpg

Ce ne sont pas des aventures, mais des digressions, de superbes digressions à partir d'un jardin tombé du ciel.

Je passe vite fait sur les petites histoires de couple et de traditions familiale, même si elles sont un fil rouge narratif intéressant sans lesquelles le livre serait seulement une compilation de « savanteries » littéraires. Je passe donc sur la métamorphose de la menthe, sur la petite ethnographie rurale (on dirait du Chapduelh, auteur qui manque cruellement dans la biographie, mais cela fait l'objet d'un billet à venir). Je passe aussi sur les exemples de jardin du bord du périphérique comme du bout du monde, pour attirer l'attention sur ceux que l'on appelle aujourd'hui encore les « jardins ouvriers ».

 

Autant le dire, je ne connaissais rien de l'histoire « hygiéniste » et « moraliste » de ces jardins :

On faisait occuper le temps libres des ouvriers par le jardinage pour ne pas qu'ils pensent à des idées révolutionnaires de remise en cause de l'ordre social ; ce, avec la promesse de pouvoir devenir un jour eux-mêmes propriétaires méritants. C'est de cette période que date également certaines idées de jardin « aux ordres ».

 

Dans ce chapitre, l'auteure fait du pavillon de banlieue, une extension de la cabane au fond de ce jardin « familiale », d'un chez soi à un autre.

 

Second point, et ce n'est pas pour rien si c'est après un atelier pratique de décroissance que ce livre m'a été donné, la partie « critique de la société de consommation ». Ce n'est un secret pour personne que certains parents empoisonnent, plus ou moins volontairement, leurs enfants. S'en est même effrayant de s'entendre dire que faire une tarte, des crêpes, une quiche, c'est « se prendre la tête » ou encore qu'une tourte est « un truc de bobo ». L'origine est clairement située dans le livre chez les riches Romains qui mangeaient des paons farcis au miel et des langues de truies sautées au beurre. L'art de la distinction dans sa splendeur la plus crasse.

L'industrie de la « matière bouffable » alliée à l'industrie du divertissement a gagné la bataille du petit déjeuner à l'huile de palme, certes, mais l'auteure propose des pistes pour enrayer la machine. Même si je doute du distributeur de légumes sur un quai de RER.

 

Avant de terminer ce billet par une recette de cuisine, je remercie de nouveau Élisabeth de m'avoir offert ce livre. J'en profite pour vous inviter à venir au salon Terre-naturelle, nous vous y rencontrerons avec plaisir et pour pouvoir re-prendre le pouvoir de votre assiette, vous pourrez rencontrer l'association des végétarien-ne-s d'Orléans *. Il faut bien se mettre au « changement » un jour.

 

« Stratégies de la framboise - Aventures potagères » Dominique Louise Pélegrin, édité chez Autrement.
 

JP

 

* du samedi 20 au lundi 22 octobre 2012, l'AVF orléanaise vous proposera de la documentation et des dégustations gourmandes sur son stand, et même une conférence « Le plaisir d'etre végétarien » le dimanche 21 à 15 heures.

 

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Le vegetelà ©, librement adapté d'une recette trouvée ici :


1/ Préparez un tapioca (2 cuillères à soupe dans 250 ml d'eau, 7 minutes de cuisson environ), ou des perles du Japon.
2/ Dans ce tapioca, insérez 50 g à 80 g (une grosse cuillère) de mélasse de sucre de canne.
3/ Mélangez bien, et ajoutez 200 ml de lait de soja (ou de crème, ou d'un autre lait végétal (type « lait d'amande »)).
4/ Mélangez encore et toujours, ajouter 200 gramme de chocolat pâtissier,

5/ Mélangez, car à la décroissance on n'économise pas son énergie, pour rendre la pâte homogène et terminez par des amandes, ou des noix, ou des  noisettes en poudre (environ 50~80 g, plus ce n'est pas meilleur).

6/ Mettez en pots.


On peut ajouter aussi des zestes de citron, d'orange, de la pistache, de l'amour. 

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'Na revirada dins la linga lemosina se pòt trobar aquí

26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 08:08

« Saison brune » P. Squarzoni

 

C’est l’été, du pain et des sports, que demander de plus ? Des chiffres alarmants sur le climat, ben, on s’en fout un peu°. La météo est là, et comme jamais rien n’est bien fait pour dissocier les deux, lire quelque chose sur le réchauffement climatique « en ce moment » est une gageure.

 

Alors pensez bien qu’écrire un billet pour vous inviter à ouvrir ce pavé de 500 pages, c’est un plaisir rare.

 

Sérieusement, ce n’est pas à la lecture d’une bédé de distraction que ce billet vous invite, ça non. Après la brique sur le quinquennat Chirac, Squarzoni nous offre en 6 parties, difficile à lire au début, très technique, une pédagogie du changement climatique, des origines aux conséquences avec les différents scenarii à conjuguer au futur très rapproché. Pour cela, sont invités des auteurs de références, des penseurs, des techniciens, des économistes, au masculin et au féminin. Tout ce monde analyse, échafaude des hypothèses, et a à faire face, très souvent, au concret du quotidien avec ses choix, ses contradictions.

 

Des solutions sont-elles données ? Tant le dire, la principale est la réduction de la consommation, et malheureusement, ce n’est pas le chemin que nous prenons. Dire « réduction », c’est dire « changement profond » de notre organisation sociale, et pour le moment, peu de personnes semblent vouloir franchir le Rubicon, surtout pas tant que l’information première d’un journal radio reste le taux d’intérêt d’emprunt pour un état de la première puissance économique au monde ou une médaille nationaliste sportive.

 

En une phrase : la fin du livre c’est nous qui en sommes les héros.

 

Sombre et réaliste, cet album ne peut pas laisser indifférent. C’est un ouvrage à mettre entre toutes les mains (éditions Delcourt).

 

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Moins cher, moins dense, plus petit, en 2 fois 22 pages, « Trans-Alaska <> Trans-Sibérie » de Tom Kaczyński (éditions Alter Comics) est une rêverie graphique sur le sens de la vie, la nostalgie du temps qui passe. Pas de militance ici, pas de long discourt, seulement une petite introspection.

 

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Le désespoir, tout le monde connaît.

Exactement comme l’entropie ! Oui, cette loi universelle du désordre et de la dissipation chère aux physiciens, l’usure si vous préférez, dans tous les sens du terme et parfois jusqu’à la névrose : il n’y a qu’à mesurer l’ampleur du sacrifice consenti pour chauffer la planète et refroidir nos cœur, satisfaire les lubies du génie destructeur.

 

Extrait du quatrième de couverture de ce recueil de poésie « l’entropie du désespoir », poème thermodynamiques de Denis Sabatié (éditions Baudelaire).

Peut-être un point de vue fort pessimiste sur la vie, peut-être, mais cette poésie reste à découvrir et est sujet à méditation.

 

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Copinage : nos « amis », mais pouvons nous être leurs amis°, du journal « la décroissance » ont commis un numéro spécial. Il n’y a pas de grille de sodoku©, pas de pin-up© en $t®ing, pas de publicit€ pour le i-bad©4, mais ce pot-pourri d’article, de dessin, de chronique se dévore. C'est rafraichissant.

 

La lecture peut sembler chère. Ces ouvrages sont disponibles dans les bibliothèques municipales ou départementale, demandez-les, faites les acheter. Vous pouvez aussi les emprunter à l’association.

 

° Ceci est de l’humour.